Zirlib porte aujourd’hui l’ensemble des projets artistiques et d’innovation sociale de l’artiste Mohamed El Khatib. Nous considérons la création contemporaine comme une expérience sensible et sociale : un geste esthétique exigeant, confronté au quotidien le plus banal, capable d’ouvrir des espaces de récit, de pensée et de relation là où l’on ne les attend pas. Nos projets naissent toujours d’une rencontre : une femme de ménage, un éleveur, des supporters, des gardien·nes de musée, des résident·es en EHPAD, des patient·es en centre de rééducation. À partir de cette rencontre, nous inventons des protocoles artistiques dont chacun peut s’emparer.
Zirlib agit aujourd’hui principalement dans trois domaines :
- la création contemporaine en France et en Europe
- la recherche sur les liens entre arts et soins,
- l’action culturelle avec des publics fragilisés et éloignés.
Nous concevons des objets artistiques éphémères — spectacles, performances, expositions — et des formes durables à différentes échelles territoriales.
« La seule conviction qu’on a pu se forger ces dernières années est que chacun de nos gestes esthétiques doit interroger le théâtre d’aujourd’hui dans sa forme, mais également constituer un refuge pour les plus fragiles d’entre nous. On considère notre pratique artistique comme un espace de réconfort – par la beauté du geste –, d’émancipation – par la radicalité du propos –, et d’hospitalité. Le plasticien Christian Boltanski dit que chaque personne, à partir de soixante ans, est un « musée en soi », et qu’il faudrait ainsi créer des milliers de micro-musées vivants. C’est de cette façon que nous imaginons notre théâtre et pour cette raison que nous travaillons indifféremment avec des professionnels très reconnus et des non-professionnels très inconnus. »
M.EK
L'équipe
Zirlib est porté par Mohamed El Khatib (metteur en scène, réalisateur), Gil Paon (directrice des productions), Yohanne Lamoulère (photographe), Frédéric Hocké (scénographe), Violaine de Maupeou (plasticienne), Bonnefrite (peintre), Arnaud Leger (régisseur général), Zacharie Dutertre (chef opérateur), Lucile Macé (administratrice), Dimitri Hatton (circassien), Charlotte Tardy (responsable des projets art et soin), Louise Sari (scénographe), Charline Brard (scénographe), Marie Desgranges (actrice), Emmanuel Manzano (monteur), Vassia Chavaroche (dramaturge), Julien Lewkowicz (collaborateur artistique), Mathilde Chadeau (collaboratrice artistique, chercheuse), David Vallance (graphiste), Adèle Bonnemaison-Fitte (graphiste), Christine Boisson (collaboratrice contenus éditoriaux).
Régulièrement, d’autres artistes viennent se joindre aux recherches en cours : Alain Cavalier (cinéaste), Valérie Mréjen (plasticienne), Massimo Furlan (performer), Patrick Boucheron (historien), Corinne Dadat (femme de ménage et actrice), Éric Elmosnino (acteur)…
Mohamed El Khatib
Auteur, metteur en scène, réalisateur et plasticien, Mohamed El Khatib imagine et conçoit des projets à la croisée de la performance, de la littérature et du cinéma. À travers des épopées intimes et sociales, il multiplie les occasions de rencontres entre l’art et celles et ceux qui en sont éloignés.
Mohamed El Khatib développe et expérimente une recherche plastique en collaboration avec différents artistes et avec le concours d’amateurs : en Savoie, aux côtés de Valérie Mréjen, il a initié et réalisé un projet unique de centre d’art dans un Ehpad ; à la Collection Lambert à Avignon, il a imaginé une exposition sentimentale en réunissant des commissaires précaires de la Fondation Abbé-Pierre et des membres du personnel du musée. Au Mucem à Marseille en 2023, il réalise une première exposition personnelle avec une installation monumentale qui pose un double regard, sociologique et sentimental, sur les relations franco-maghrébines cadrées par le rectangle d’un pare-brise. Au Grand Palais à Paris en 2025, il investit la nef du monument pour une rétrospective qui mêle expositions, spectacles, projections, rencontres et dj-sets.
À la scène, après Moi, Corinne Dadat, qui proposait à une femme de ménage et à une danseuse classique de faire un point sur leurs compétences, il a poursuivi son exploration de la classe ouvrière avec la pièce monumentale STADIUM, qui convoque sur scène 58 supporters du Racing Club de Lens. Avec des enfants de parents divorcés, il s’est interrogé à la radio et à l’écran sur ce que la famille peut produire comme récit. Avec l’historien Patrick Boucheron, il a dessiné une histoire populaire de l’art au travers de la boule à neige. Avec la plasticienne Valérie Mréjen, il a imaginé une visite de musée en donnant la voix à celles et ceux qui en sont les gardienn·nes. Plus récemment, après avoir initié la création d’un premier centre d’art au sein d’un Ehpad (Savoie, France), il a fait monter sur scène leurs résident·es dans une joyeuse confrontation avec les publics autour du tabou de la sexualité des personnes âgées. En 2025, il présentait au Festival d’Avignon une création imaginée et conçue avec le danseur espagnol Israel Galván partant de leur regret commun d’une carrière footballistique manquée.
Zirlib est conventionné par le ministère de la Culture - DRAC Centre-Val de Loire, porté par la Région Centre-Val de Loire et soutenu par la Ville d’Orléans. Mohamed El Khatib est artiste associé au Théâtre de la Ville à Paris, au Théâtre National Wallonie-Bruxelles, au tnba - Théâtre national Bordeaux Aquitaine et à Mixt – terrain d’arts en Loire-Atlantique.
ENGLISH
As a lover of soccer, he played as a midfielder for many years. Let it be known that he followed the rules of the game. In theater, however, he pushes the rules aside and invites 53 supporters of the Lens Racing-Club on stage, asking them to tell us about their working-class north of France, about unemployment, solidarity, and team spirit. In ninety minutes with a half-time, Stadium (2017) is an unfiltered account, a precis of sociological and human truth. Mohamed El Khatib is on stage, he introduces his guests, as well as the pompom girls and the marching band. He also includes the soccer game’s festive trappings—the mascots, the fry shack—in an artistic gesture he likens to that of Marcel Duchamp with his ready-mades. El Khatib spent more than a year in Lens, meeting and interviewing numerous locals, in order to gain their trust and also to hit the target, notably when taking aim at certain social and political clichés. He was driven to create Stadium by his desire to escape what he calls the cultural “insiders’ club” and by thoughts of his father, a major soccer fan. The manager of the fry shack also happens to be the cleaning woman (aka “surfaces technician”) who displayed her abilities alongside a dancer in El Khatib’s previous show, Moi, Corinne Dadat (2015).
Is this documentary theater, a dramaturgy of reality? It’s hard to find words to accurately describe the singular art of this son of a Moroccan factory worker and cleaning woman. Born in the Loiret in 1980, El Khatib followed his parents’ advice and became a brilliant student: Khâgne, Sciences Po, a dissertation in sociology. He discovered theater, including the work of Jan Lauwers, at the 2004 Avignon Festival while doing an internship with a CEMÉA organizing theater camps for underprivileged children. He started making plays with his friends, founded the Zirlib collective in 2008, and wrote his first two theater pieces, A l’abri de rien and Sheep, both of which were met with words of encouragement.
Ironically, it was Finir en beauté, a play about the death of his mother, whom he recorded speaking while she was in hospital, that officially announced his birth in the theater world. Alone on stage with a tape recorder, he performed in Marseille, then at the Avignon Fringe in 2005. That was followed by an extensive tour, then the Grand Prix de Littérature Dramatique, an annual award for the best dramatic text. El Khatib also filmed his mother with a Sony video camera, the same one used by Alain Cavalier with Vincent Lindon in Pater, a film which fascinated him. He wrote to Cavalier, and soon they met and began talking: their Conversation was off to a start. In the meantime, El Khatib traveled with his camera from Orléans to Tangier aboard a Renault 12, a vehicle chosen for reasons to be discovered in his “road-movie” of the same name.
C’est la vie (2017) is also the fruit of a conversation. El Khatib asked two actors to speak about the death of their child, a painful experience both were faced with in 2014, but in different circumstances. Where are the characters? Where is the fiction? Is it still theater? In any case, it is Mohamed El Khatib’s theater. He is working at the limits. There is no territory he won’t allow himself to enter. His work is destabilizing. It isn’t comforting: what he aims for is reconciliation.
